Les samedis se suivent et se ressemblent très fortement, à la différence près que je viens de rendre ma voiture et donc pendant une semaine, je devrais vampiriser les ressources motrices d’autres personnes du bureau. Hormis ce petit détail donc, la journée est vraiment classique : sieste, lecture et puis sortie. On a tenté un restaurant qui proposait des repas plutôt à tendance française dont notamment un magret de canard au miel qui alléchait pas mal de babines à tables mais qui sera malheureusement indisponible. Quant à moi, j’ai jeté mon dévolu sur un pavé de bœuf aux cèpes (oui, des vrais cèpes, miam). A la première bouchée cependant, je remarque de suite que les cèpes ne sont que de vulgaires champignons de Paris ; c’est tout de même bon mais c’est loin de valoir le moelleux, le savoureux et le fondant d’un cèpe (je ravale ma salive là). Tanguy, assis à côté de moi me fait remarquer que ses champignons de Paris semblent être mes cèpes. AAarrrgl, maudit cuisinier dont les connaissances dans les champignons et autres fungi doit être approximative. Tanguy, dans son extrême bonté, m’offrira néanmoins quelques uns de ces membres de la classe des Boletus si délicats. Le restaurant (le Tri Cams) a une ambiance assez lounge : lumière tamisée, musique pas trop forte, décor design. Visiblement, le côté lounge plait assez bien à la gente féminine, bien représentée dans ce restaurant et ce pour notre plus grand plaisir.

Le repas terminé, nous partons pour une micro tournée des bars. Après un bref arrêt au stand dans les entrailles du Marco Polo où la population est une salade composée d’hommes et de prostituées (pour changer), nous nous arrêtons dans ce que je croyais être un restaurant grill à la musique pourtant bien forte pour un restaurant. En fait, c’est un bar de plage avec un kiosque au centre servant à assouvir les désirs de danse de la jeunesse venue de Tanger ou d’ailleurs. Les vacances étant finies, je pense que c’est une population tangéroise qui fréquente ce bar. Bref, c’est assez sympa, il y a du monde qui va danser et la musique occidentale fait assez rapidement place à un genre plus local. Au bout de plusieurs chansons, nos oreilles néophytes saturent de cette musique qui nous semble monotone. Je pense que l’inverse est vrai aussi pour un oriental écoutant notre musique populaire. Pour finir donc notre soirée, nous faisons un bref passage au Oba Oba, la fameuse discothèque self service. Avec de la chance, nous verrons quelques têtes connues que nous pourrons chambrer le lendemain. Hélas, ça n’est pas le cas et la boite est vraiment vide.

C’est donc avec nostalgie que se termine mon dernier samedi à Tanger. L’heure d’un premier bilan ? Non, c’est beaucoup trop tôt, il faudra que je sois rentré pour cela. Pour l’instant, je me contente d’aller me jeter dans les bras de Morphée.

Le programme du lendemain est plutôt simple : hammam et plage. L’hôtel conseille à Tanguy un hammam dans Tanger. Comme nous n’avons pas l’adresse, nous prenons un taxi, l’autre voiture avec Antoine, Axel et Nicolas nous suivra jusqu’à bon port. L’entrée du hammam est très sobre : quelques panneaux ternis par le soleil, une entrée séparée pour les hommes et les femmes, un guichet caché dans un recoin. Après un rapide coup d’œil à l’intérieur, Axel remarque que la propreté laisse fortement à désirer et que des relents nauséabonds flottent dans les airs. Bon, comme on veut continuer à rester en bonne santé, nous optons pour le plan de secours : le guide Michelin.

Le hammam d’une maison d’hôte y est indiqué. Il se situe dans la Casbah, sur les hauteurs de la médina. Nous lançons la voiture vers l’autre bout de la ville (geste très technique : c’est lourd une voiture) puis nous marchons dans les étroites rues de la médina. Au passage, je montre un peu les choses que j’avais déjà vues grâce au guide et je décide de prendre un raccourci. Le problème avec les raccourcis est qu’ils ont tendance à rallonger le temps de parcours. Je ne sais pas pourquoi on continue à appeler ça des raccourcis d’ailleurs, j’aurais besoin d’une explication à ce sujet. Se perdre dans les rues de la médina a son charme. Nous errons dans des rues qui se resserrent, montant des petits escaliers escarpés. Parfois, au détour d’un mur, on tombe nez à nez avec le perron d’une maison. Après moult tours et détours dans les rues, demandant de temps à autre notre chemin, nous arrivons vers le lieu de la scène de massacre à la machette. Miracle, je sais où on est : on avait tourné à gauche à l’intersection après les perruches (ça ne vous parle sans doute pas mais si dans 10 ans le magasin est toujours là, vous serrez bien content de cette petite remarque).

Enfin bref, notre petit périple dans les rues de la médina touche à sa fin : nous arrivons à la maison d’hôte. Pas de sonnette, pas de cloche, rien pour notifier sa présence, seule une massive porte en bois nous fait face. Derrière une vitre jouxtant la porte, des ombres bougent : il y a quelqu’un à l’intérieur. Après avoir frappé à la fenêtre, l’hôte nous ouvre la porte. A notre grande surprise, c’est un solide allemand assez surpris qui nous sourie. Sa femme se demande même comment nous avons eu ouïe dire de la présence d’un hammam chez eux. Ils veulent bien nous en donner l’accès et appeler le masseur, par contre, ils nous demandent de revenir vers 14h, le temps que le hammam chauffé au bois atteigne une température suffisante.

Enfin, nous faisons connaissance de ce charmant couple et de leur maison d’hôte : la Tangerina. La maison d’hôte s’élève sur trois étages et une terrasse. Elle est articulée autour patio le long duquel un escalier arpente les bords. L’intérieur est très propre et en bon état. La décoration soignée donne un air antique aux lieux avec des malles en cuirs, de vieux postes radio, … Le propriétaire tient à nous montrer quelques chambres, toutes différentes. Il a mis quatre ans à faire la rénovation et a ouvert seulement l’an dernier. Cela m’étonne d’ailleurs que cette maison d’hôte soit déjà dans le guide, preuve de la qualité de l’accueil. Arrivés sur la terrasse, nous admirons la vue sur le port et le reste de la médina. Savourant cet instant de bonheurs, les estomacs commencent à crier famine. Sans vouloir paraître bassement prosaïque : on crève la dalle et il est temps d’aller manger.

Nous écoutons donc nos instincts primaires et nous redescendons vers le Petit Socco. Nous nous asseyons à un bar et demandons s’il y a des choses consistantes à manger. Visiblement ils ne font pas ça mais comme on est au pays de la débrouille, ils vont s’arranger et nous disent qu’au menu, il y a du tajines : 5 tajines qui marchent.

C’est bon mais qu’est-ce que c’est chaud. Les patates constamment réchauffées par la céramique resteront bouillantes.

Il est l’heure de remonter. Cette fois ci : point de raccourcis, je prends le chemin que je connais. Quelques minutes plus tard, la sœur de la propriétaire nous ouvre. J’ai oublié son prénom mais je sais qu’il signifie « secret ». Elle nous propose de nous servir un thé en terrasse en attendant que le masseur arrive.

Le temps est toujours aussi splendide, malgré des nuages qui nous laissaient présager du contraire lors du repas. Affalés sur des banquettes, nous profitons de quelques instants de bonheur agrémentés de sucreries (les sucres contribuant fortement à cet instant de bonheur).

L’heure fatidique arrive, nous allons voir à quoi ressemble un hammam (pensez à fortement expirer le « h » quand vous le prononcez). L’antichambre est très cosy. Des encens et autres huiles de massages sont déposés consciencieusement dans une alcôve, sorte d’autel autour d’une antique radio.

Transformés en vulgaires plagistes, nous rentrons dans le hammam. La chaleur bien qu’humide ne couvre pas mes lunettes de condensation, c’est assez étrange. Le hammam est relativement petit mais très propre. Constitué de ceux chambres, il y fait une chaleur de 35°C transmise par le sol. La lumière tamisée est apportée par quelques bougies ainsi que par des petites fenêtres circulaires au plafond. Comme on est nombreux, Nicolas et Tanguy sont les premiers à passer à la casserole. Ca sera ensuite le tour d’Antoine et moi et enfin, Axel subira la « torture » du masseur.

Le masseur suit un rituel bien établi. Il commence par puiser de l’eau dans un petit puits qu’il remplit de temps à autre d’eau du robinet. L’eau du puits est directement chauffée par le feu qui brûle sous le hammam. Mélangée avec de l’eau froide, cette eau est désormais à bonne température et il la verse sur Tanguy (premier volontaire).

Ensuite, il nous couche sur le dos sur le sol de marbre puis nous savonne au savon noir : attention à ne pas s’en mettre dans les yeux, ça pique ! Après cela, on se retourne, il savonne l’autre côté. Après rinçage à l’eau chaude, il passe au gommage recto verso. Ca gratouille ou ça chatouille suivant les personnes. Nicolas a perdu quelques poils dans la bataille mais, chose heureuse, il lui en reste suffisamment. Après un dernier rinçage, c’est fini : serviette et dehors. Pendant que les deux premiers passent, Antoine, Axel et moi attendons en les prenant en photo. La chaleur commence à bien se faire sentir même si la première salle est plus fraîche à tel point que les gouttes de sueurs commencent à perler au bout de quelques minutes. L’eau aspergée augmentant l’humidité des lieux donne aussi une impression de chaleur croissante.

Une fois gratouné de partout, je sors me rafraîchir et tenterai quelques excursions dans le hammam uniquement pour prendre Axel en photo qui se tord de rire (je ne fais pas le fier, je me suis bien marré aussi).

Les derniers sortis sont les plus longs à refroidir. Les muscles passés à la cocotte minute donnent un sentiment de saine fatigue, nous allons donc nous gaufrer dans un petit salon. La sœur de l’hôtesse (celle dont le prénom signifie « secret » mais que j’ai bêtement oublié) nous offre un petit thé à la menthe et profite de notre présence pour discuter un peu. Elle est vraiment charmante et souriante et en plus, le monde est petit, elle connaît un expat qui travaille avec nous. En même temps, la construction du port a bien fait parler d’elle et pas mal de monde est passé par Tanger. Le temps passe doucement et personne ne veut vraiment partir mais les meilleurs choses ayant une fin, il nous faut nous rentrer pour manger et dormir (surtout dormir, c’est bien ça).

La soirée se terminera finalement par un petit tour à la fourrière pour aller récupérer la voiture de Peter (qui du coup n’a pas pu venir avec nous au Hammam). Je n’ai plus ce genre de soucis car « yé n’ai pas dé voitoure » :)

 

Stéphane

P.S. : je n’ai pas pris de photos ce week-end et j’attends celles d’Antoine que je mettrais sur ce post plus tard.